
Il se prit la tête à deux mains. Sa migraine empirait. Il avait l’impression qu’on lui comprimait le crâne.
Toute la journée, une atmosphère délétère avait régné sur le Tapis. La chasse avait été difficile. La plupart des animaux avaient disparu et la poussière entre les poils était immobile dans l’air figé.
— J’aime pas beaucoup ça, déclara Glurk. Ça fait des jours qu’on n’a vu passer personne sur la route.
Il se remit debout et tendit la main vers la perche.
Snibril poussa un gémissement. Il allait devoir demander une pilule à Forficule…
Une ombre passa très haut dans les poils et s’éloigna à vive allure en direction du sud.
Il y eut un vacarme si puissant que tout le corps le ressentit, percutant le Tapis avec une soudaineté terrible. Les deux frères furent projetés dans la poussière tandis que la bourrasque faisait gémir et hurler les poils autour d’eux.
Glurk empoigna l’écorce rugueuse d’un poil et se remit debout à la force de ses bras, luttant contre la tempête qui sifflait autour de lui. Très loin dans les airs, le sommet du poil craquait et oscillait et, tout autour des deux Munrungues, les autres poils dansaient telle une houle grise. Des blocs de sable gros comme des hommes déferlèrent soudain, mi-roulant, mi-volant aux avant-postes du vent.
Se retenant fermement d’une main, Glurk tendit l’autre pour empoigner son frère et le haler en sécurité. Puis ils se tapirent, trop secoués pour parler, tandis que la tempête se déchaînait autour d’eux.
Aussi vite qu’elle était apparue, elle s’enfuit vers le sud pour être remplacée par les ténèbres.
