Le silence avait la voix des gongs.

Snibril cligna des yeux. Il ne savait pas ce qui s’était passé, mais la bourrasque avait emporté sa migraine. Ses oreilles se débouchèrent.

Puis il entendit un martèlement de sabots sur la route, tandis que le vent mourait.

Le martèlement crût très vite. Il semblait désordonné, affolé, comme si le cheval s’était emballé.

Quand la cavale apparut, personne ne la montait. Elle gardait les oreilles couchées contre son crâne et un feu vert brûlait dans ses prunelles terrorisées. Sa robe blanche luisait de sueur, les rênes claquaient contre la selle, dans la fureur de son galop.

Snibril bondit pour lui couper la route. Et quand la bête le dépassa, il se saisit des rênes, courut une seconde pour accompagner le tonnerre des sabots et bondit en selle. Pourquoi il avait pris un tel risque, il ne le sut jamais. Une observation correcte et la visualisation précise des buts à atteindre, probablement. La possibilité de s’abstenir ne lui était même pas venue à l’idée.


Ils rentrèrent au village en chevauchant une monture apaisée, traînant la snargue derrière eux.

La palissade avait été brisée en plusieurs endroits, et des blocs de sable avaient fracassé quelques huttes. Glurk jeta un regard vers la hutte des Orkson, et Snibril entendit le gémissement qui lui échappa. Le chef mit pied à terre et se dirigea à pas lents vers sa demeure.

Ou ce qui l’avait été.

Le reste de la tribu arrêta de parler et recula, impressionnée, pour le laisser passer. Un poil était tombé, un gros poil. Il avait écrasé la palissade. Et le sommet était couché en travers de ce qui avait été la hutte des Orkson, l’encadrement de la porte toujours crânement debout au milieu d’un carnage de poutres et de chaume. Bertha Orkson arriva à toutes jambes, ses enfants autour d’elle, et elle se jeta dans ses bras.



11 из 168