
— Je croyais que c’était une vieille légende.
— Ça ne signifie pas qu’elle ne soit pas vraie. Je suis certain qu’il s’agissait du grand Découdre. Les changements de pression atmosphérique, pour commencer… Les animaux l’ont bien senti… Exactement comme c’est écrit dans le… (Il s’interrompit.) Exactement comme je l’ai lu quelque part, acheva-t-il avec un peu d’embarras.
Son regard quitta Snibril et s’éclaira.
— Je vois que tu as récupéré un cheval.
— Il est blessé, ce me semble.
Forficule alla voir le cheval et le soumit à un examen minutieux.
— C’est une monture dumiie, évidemment. Que quelqu’un m’apporte ma trousse à herbes. Il s’est fait attaquer, tu vois, là ? Pas très profond, mais il faut panser ça. Une bête de toute beauté. De toute beauté. Pas de cavalier ?
— Nous avons remonté la route sur une certaine distance, mais sans rencontrer personne.
Forficule flatta la robe satinée.
— Si tu vendais le village entier à un marchand d’esclaves, tu arriverais tout juste à réunir le prix d’une telle bête. Je ne sais pas à qui elle appartenait, mais elle s’est enfuie il y a déjà quelque temps. Elle vit à l’état sauvage depuis plusieurs jours.
— Les Dumiis n’autorisent plus le trafic d’esclaves, objecta Snibril.
— J’essayais simplement de te faire comprendre qu’elle a une très grande valeur. (Forficule fredonna d’un air absent en étudiant les sabots.) D’où qu’elle ait pu venir, c’était une bête de monte. (Il lâcha une jambe du cheval pour lever les yeux vers la robe.) Quelque chose l’a paniquée. Pas le grand Découdre. Ça remonte à plusieurs jours. Pas des bandits non plus, parce qu’ils se seraient également emparés du cheval. Et ils ne laissent pas de telles traces de griffes derrière eux. Une snargue aurait pu en faire de pareilles, si elle avait eu une taille trois fois supérieure à la normale. Oh, miséricorde ! Il existe des snargues comme ça.
