Fléau possédait un poney qui broutait entre les poils. Ils se mirent en route en longeant la falaise de bois.

— Mais c’est quoi, le grand Découdre ? demanda Snibril. Je me souviens des histoires que tu racontais sur les temps anciens… Mais ça se passait il y a longtemps. Un genre de monstre. Il n’existait pas vraiment.

— Les moizes le révèrent, déclara Fléau. Je suis… assez expert sur ce sujet.

Snibril parut interloqué. Les Munrungues n’avaient pas de dieux. La vie était déjà assez compliquée comme ça.

— J’ai quelques théories là-dessus, expliqua Forficule. J’ai lu de vieux grimoires. Oublie les histoires. Ce ne sont que des métaphores.

— Des mensonges rendus intéressants, traduisit Fléau.

— Disons plutôt… une façon de dire les choses sans devoir se lancer dans de longues explications, amenda Forficule. Le grand Découdre est une espèce de puissance supérieure. Je crois qu’il y avait des peuples qui en savaient davantage. De vieilles histoires parlent d’anciennes villes qui ont brutalement disparu. Ce ne sont plus que des légendes. Ah, on oublie tant de choses. On les écrit et on les perd.


Les petits chemins qui couraient à travers tout le Tapis ne progressaient pas en droite ligne, comme la route ; ils sinuaient entre les poils à la façon des serpents. Les voyageurs qui les empruntaient, et ils n’étaient pas nombreux, y croisaient rarement quelqu’un d’autre. Pourtant, la végétation n’effaçait jamais leur tracé. Selon les Dumiis, ils avaient été dessinés par Péloun, dieu des voyages. Pour leur part, les Munrungues estimaient que le Tapis les avait sécrétés lui-même de façon inconnue, mais ils ne le disaient jamais en présence des Dumiis. S’ils ne possédaient pas eux-mêmes de dieux, ils restaient polis envers ceux qui appartenaient aux autres peuples.



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