Sous l’escarpement calciné de la Muraille en Bois baptisé le Bout Brûlé, la piste bifurquait en direction de l’ouest et du nord. Glurk fit arrêter son chariot et leva les yeux vers les hauteurs noires et carbonisées. Un instant, il crut discerner un mouvement dans les hauteurs. Il huma l’air.

— J’ai un mauvais pressentiment, confia-t-il à son épouse. On va attendre Snibril.

Il sauta à bas du chariot et remonta la piste. Là, encore une fois, quelque chose qui se dissimulait… Non, juste une ombre. Glurk flaira à nouveau l’air, avant de s’ébrouer. Sursauter face à quelques ombres n’était pas l’attitude d’un chef. Il plaça les mains autour de sa bouche, en cornet.

— Faites le cercle avec les chariots, beugla-t-il. On va dresser le camp ici.

Si l’on arrivait à tolérer les cendres et l’aspect lugubre du lieu, Bout Brûlé était un endroit sûr. Les poils s’étaient brisés quand la Muraille en Bois était tombée sur le Tapis, si bien que d’éventuels assaillants ne pourraient pas bénéficier du couvert. Et la grande falaise lisse et blanche qui occupait un côté réduisait les risques d’attaque. Mais l’atmosphère du lieu était troublante. Glurk houspilla la tribu jusqu’à ce que les chariots aient mis en place un rempart, les poneys et le bétail parqués à l’intérieur. Il ordonna qu’une sentinelle armée monte la garde sur le toit de chaque chariot, et fit allumer des feux de camp par les autres, afin de préparer leur halte de la nuit.

Tiens-les occupés. C’était une des trois règles cardinales du chef, que le vieux Grimm lui avait transmises. Agis avec confiance, ne dis jamais « je sais pas » et, quand tout le reste a échoué, tiens-les occupés. Il avait déjà chassé dans la région du Bout Brûlé, et le silence de mort qui régnait autour du bois carbonisé pouvait être oppressant dans les meilleures circonstances. Il y avait une seule conduite à adopter : travailler, rire bruyamment, chanter, faire quelques exercices d’entraînement avec les lances, avant que tout le monde ne laisse ses craintes prendre le dessus.



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