« De la poussière, le Tapis nous a tous tissés. D’abord vinrent les petites créatures qui élisent domicile dans les combes et dans les hauteurs des poils. Puis vinrent les sorathes, les taraudeurs de trame, les trumpes, les chèvres, les pipegrome et les snargues.

« Désormais, la vie et le bruit régnaient de par le Tapis. Et la mort et le silence, aussi. Mais sur le métier de la vie, un fil manquait à la trame.

« Bien que regorgeant de vie, le Tapis n’en était pas conscient. Il était mais ne pensait point. Il ignorait même sa nature.

« Et c’est ainsi que nous fûmes produits par la poussière, nous, le Peuple du Tapis. Nous avons donné au Tapis son Nom, et nous avons nommé les créatures vivantes, et le motif s’est achevé. Nous étions les premiers à donner un nom au Tapis. Désormais, il était conscient de sa propre existence.

« Le grand Découdre, qui hait tout ce qui vit sur le Tapis, peut bien nous fouler aux pieds, les ombres nous envelopper, une grande vérité demeure : nous sommes l’âme du Tapis, nés de sa sourde envie de tisser.

« Bon, ça reste une simple métaphore, bien entendu, mais personnellement, ça m’épate toujours. Pas vous ?

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La loi voulait que, tous les dix ans, le peuple de chaque tribu de l’empire dumii vienne se faire recenser.

Ils n’allaient pas jusqu’à Uzure, la grande capitale, mais se rendaient plutôt dans la petite ville fortifiée de Trégon Marus.

Le Recensement représentait toujours un événement majeur. La taille et l’importance de Trégon Marus doublaient en un seul jour, dès que les tribus dressaient leurs tentes au pied des remparts. C’était l’occasion d’un marché aux chevaux et d’une foire qui durait cinq jours, on retrouvait ses vieilles connaissances, on échangeait des flots de nouvelles.



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