Et il y avait le Recensement proprement dit. On consignait de nouveaux noms sur les rouleaux craquants qui, comme le peuple aime à le croire, étaient rapatriés à Uzure, jusqu’au grand palais de l’Empereur en personne. Les fonctionnaires dumiis recopiaient industrieusement l’inventaire des cochons, des chèvres et des trumpes que possédait chacun, et, l’un après l’autre, on passait à la table suivante pour acquitter l’impôt, en fourrures et peausseries. C’était le moment le moins populaire. Et ainsi la file s’allongeait-elle de par tout Trégon Marus, pénétrant par la porte d’Orient, passant par la poterne et les écuries, traversant la place du Marché, jusqu’à l’Hôtel des Comptes. On présentait aux clercs jusqu’aux plus jeunes nourrissons, afin que la danse des plumes gratte leur identité sur les parchemins. Nombre de nomades ont été affublés d’un nom bizarre parce qu’un clerc n’avait pas su l’orthographier correctement ; ce genre de choses s’est produit plus souvent qu’on ne le croit, au cours de l’Histoire.

Le cinquième jour, le gouverneur de la ville accordait audience à tous les chefs de tribu sur la place du Marché et prêtait l’oreille à leurs griefs. Il n’y remédiait pas toujours, mais au moins il y prêtait l’oreille et opinait considérablement du bonnet, ce qui contentait tout le monde, jusqu’à ce qu’ils rentrent chez eux en tout cas. Ainsi va la politique.

Voilà comment s’étaient toujours déroulées les choses, depuis des temps immémoriaux.

Enfin, le sixième jour, les gens retournaient chez eux en empruntant les routes construites par les Dumiis. Ils cheminaient vers l’est. Derrière eux, la voie filait vers l’ouest jusqu’à la ville d’Uzure. Là ce n’était plus qu’une des nombreuses routes qui aboutissent à la capitale. Au-delà d’Uzure, la route devenait la Route de l’Ouest, se rétrécissant et serpentant de plus en plus, jusqu’à ce qu’elle atteigne les marches les plus occidentales, comme Carpette.



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