Tel était l’empire dumii. Il couvrait la plus grande part du Tapis, entre la Plinthe et le désert du Parquet, au nord.

A l’ouest, il côtoyait les Maleterres et les marches les plus reculées du Tapis, et au sud, les routes couraient jusqu’aux contrées de l’Atre. Les peuples bariolés de Plinthe, les belliqueux Hibbolgues, et même les adorateurs des Flammes qui vivaient en Carpette, tous payaient tribut à l’Empereur.

Certains d’entre eux n’appréciaient guère les Dumiis, surtout parce que l’Empire faisait son possible pour décourager les guerres locales et les vols de bétail qui, en ces régions limitrophes, représentent le plus proche équivalent d’une activité de loisir. L’Empire aimait la paix. La paix donnait aux gens le temps de gagner de l’argent pour acquitter leurs impôts. Dans l’ensemble, la paix était un concept qui fonctionnait très bien.

Ainsi la tribu des Munrungues partit-elle en direction de l’est et disparut-elle des chroniques de l’Empire pour dix nouvelles années. Il leur arrivait de se quereller mais, en général, ils vivaient en bonne intelligence et évitaient autant que possible de fréquenter l’Histoire, qui a coutume de hâter le bon peuple vers son trépas.

Et puis, vint une année où l’on ne reçut plus aucune nouvelle de Trégon Marus.


Le vieux Grimm Orkson, chef des Munrungues, avait deux fils. Glurk, l’aîné, succéda à son père après le décès du vieil Orkson.

Selon l’avis des Munrungues, qui ne se formait qu’au prix de lentes délibérations, on n’aurait pas pu mieux choisir. Il ressemblait à une réédition de son père, par la largeur de ses épaules et l’épaisseur de sa nuque, centre dévastateur de sa puissance physique. Glurk était capable de projeter une lance plus loin que n’importe qui. Il pouvait affronter une snargue au combat et arborait pour le prouver un collier de leurs longs crocs jaunes.



5 из 168