En plus, il ne se vêtait pas de parures de plumes et d’os et ne s’exprimait pas comme les chamans des tribus voisines.

Les autres chamans mangeaient le champignon à taches jaunes qu’on trouve au profond des bosquets de poils et hurlaient des choses comme : « Hééééyahyahéya ! Héyahéyayahyah ! Hmpf ! Hmpf ! », qui, bien entendu, avaient des consonances extrêmement magiques.

Forficule, lui, disait des choses comme :

— Une observation correcte suivie de déductions prudentes et la visualisation précise des buts à atteindre comptent pour une part capitale dans la réussite de toute entreprise. Avez-vous remarqué que les trumpes sauvages se mettent toujours en route deux jours avant les troupeaux de sorathes ? A propos, j’y pense : évitez de manger ces champignons à taches jaunes.

Ce qui n’avait pas l’air très magique, mais donnait de bien meilleurs résultats et garantissait des chasses fructueuses. En privé, les Munrungues estimaient que leurs succès à la chasse devaient beaucoup à leurs prouesses de chasseurs. Forficule encourageait ce point de vue.

— Il est également important de conserver un état d’esprit positif, disait-il.

C’était aussi l’homme médecine en titre. Il s’avérait nettement plus efficace, s’accordait-on à penser (à contrecœur, toutefois : les Munrungues ont le respect des traditions), que le dernier détenteur du titre, dont la conception de la médecine consistait à jeter des ossements en l’air en beuglant : « Hyahyahyah ! Hmpf ! Hmpf ! » Forficule, pour sa part, broyait diverses sortes de poussières rares au fond d’un mortier, en faisait des pilules et donnait des conseils comme :

— Prenez-en deux en allant au lit, vous en prendrez une autre si vous vous réveillez demain matin.



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