Et à l’occasion, il offrait son opinion sur divers sujets.

Grimm était en train de fendre du bois devant sa hutte.

— Ça ne marchera jamais, déclara Forficule en apparaissant derrière le chef (en silence, comme il en avait coutume). Vous n’allez pas renvoyer Snibril à Trégon encore une fois. C’est un Munrungue. Pas étonnant qu’il passe son temps à faire des fugues. Il ne sera jamais clerc. Il n’a pas ça dans le sang, voyons ! Qu’il reste donc ici. Je lui apprendrai à lire.

— Si tu peux y réussir, fais donc, répondit Grimm en secouant la tête. Je ne comprendrai jamais ce garçon. Il passe tout son temps à arborer une mine mélancolique. Sa mère était comme ça. Bien entendu, le mariage lui a un peu remis la cervelle en ordre.

Grimm n’avait jamais appris à lire, mais les clercs de Trégon Marus l’avaient toujours impressionné. Ils savaient tracer des marques sur des bouts de parchemin afin de se rappeler des choses. C’était une certaine forme de pouvoir. Il avait très envie d’en voir une partie entrer dans le patrimoine des Orkson.

Ainsi donc Snibril s’en fut-il avec les autres enfants à l’école du village que dirigeait Forficule, et y apprit-il les chiffres, l’alphabet et les lois dumiies. Il y prit goût et absorbait le savoir comme si sa vie en dépendait. C’était souvent le cas, confirma Forficule.

Et, chose étrange, il devint en grandissant un chasseur presque aussi doué que son frère. Mais pas de la même façon. Glurk traquait le gibier. Snibril l’observait.

— Inutile de courir après les animaux, avait dit Forficule. Il suffit de les étudier suffisamment pour découvrir à quel endroit les attendre, et ce sont eux qui viendront à toi. On peut presque toujours trouver une meilleure façon de faire les choses.

Quand le vieux Grimm mourut, on l’enterra sur le Tapis dans un tumulus de poussière, sa lance de chasse à ses côtés. Les Munrungues n’avaient aucune idée de l’endroit où l’on allait après la mort, mais autant éviter de mourir de faim une fois arrivé là-bas.



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