Son frère aîné, le duc de Bourgogne, attirait tous lesregards, toutes les attentions, et il traitait son cadet avec morgue, mépris, cependantque ses précepteurs, le gouverneur des enfants de France, le duc de La Vauguyon,le donnaient en modèle. Les frères cadets de Louis, duc de Berry, les comtes deProvence et d’Artois, étaient, bien que plus encore éloignés du trône, moinseffacés. Le comte de Provence avait l’intelligence subtile, et le comte d’Artois,le charme d’un séducteur.

Les sœurs, Clotilde et Élisabeth, comptaient peu, face à cesquatre fils.

« Nos princes sont beaux et bien portants… Monseigneurle duc de Bourgogne est beau comme le jour, et le duc de Berry ne lui cède enrien », disait-on.

Mais c’est le duc de Bourgogne qu’on fête !

À sa naissance, en 1751, Louis XV ordonne trois jours dechômage et d’illuminations à Paris. Rien de tel pour le duc de Berry, trois ansplus tard. À peine quelques volées de cloches.

A-t-on craint, comme ce fut le cas pour le duc de Bourgogne,que des émeutiers, pauvres que la misère étrangle, que le prix du grain affame,ne déposent dans le berceau de l’enfant un paquet de farine et un paquet depoudre, avec ce placet : « Si l’un nous manque, l’autre ne nousmanquera pas » ?

On avait envoyé l’une des nourrices à la Bastille, sans pourautant démonter les rouages du complot et mettre au jour les complicités.

Le duc de Berry reste dans l’ombre de son frère aîné. On sesoucie si peu de lui, que la nourrice qu’on lui choisit n’a pas de lait, maisest la maîtresse d’un ministre du Roi, le duc de La Vrillière.

Tant pis pour Louis, duc de Berry, puisqu’il ne doit pasêtre roi !



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