
Mais la mort a d’autres projets.
Elle rôde dans le royaume de France, qui semble si riche, sipuissant, le modèle incomparable des monarchies.
Et cependant on meurt de faim, et les impôts dépouillent lesplus humbles, les laissant exsangues alors que nobles et ecclésiastiquesapparaissent comme des intouchables, rapaces de surcroît, levant leurs propresimpôts, avides au point de tout vouloir s’accaparer, chassant à courre, saccageantainsi les épis mûrs, et traînant en justice, et parfois jusqu’à l’échafaud, lespaysans qui braconnent.
Les « émotions », les « émeutes », les « guerresdes farines », les « révoltes des va-nu-pieds », secouent doncpériodiquement le royaume.
Et en 1757 – le duc de Berry a trois ans –, un serviteur, Damiens,à Versailles, porte un coup de couteau au flanc du roi bien-aimé, Louis XV. Blessuresans gravité, mais acte révélateur et châtiment à la mesure du sacrilège.
Porter la main sur le roi c’est frapper Dieu ! Et, dansce royaume où on lit Voltaire, où la favorite, Madame de Pompadour, protège lesphilosophes, on va couler du plomb fondu dans les entrailles ouvertes deDamiens, puis on va atteler quatre chevaux à ses quatre membres, afin de l’écarteler,et, pour faciliter l’arrachement des jambes et des bras, on cisaillera lesaisselles et l’aine.
La mort est à l’œuvre.
Le duc de Bourgogne meurt le 20 mars 1761, et Louis soncadet, âgé de sept ans, que le décès de son frère aîné a plongé dans la maladie,emménage dans la chambre du frère défunt, celle de l’enfant choyé qu’onpréparait pour le trône et qui n’est plus qu’un souvenir exemplaire dont on necesse de vanter les mérites à Louis.
On veille de plus près sur son éducation.
« Berry fait de grands progrès dans le latin et d’étonnantsdans l’histoire », écrit son père, le dauphin Louis-Ferdinand.
Mais les ambassadeurs qui le scrutent puisqu’il s’estrapproché du trône sont sans indulgence.
