Saint-Esprit apparaît maladroit, distant, ennuyé, comme si l’éclat de sonépouse, à peine âgée de quinze ans, mettait mal à l’aise ce jeune homme deseize ans qui n’a aucune expérience des femmes, et qui doit, sous l’œil descourtisans, se dévêtir et se coucher, selon le rituel de la Cour, aux côtés decette adolescente primesautière.

La rumeur se répand vite que le mariage n’a pas été consommé.

Marie-Antoinette a osé interpeller son époux, en présencedes sœurs de Louis XV :

« Vous êtes mon homme, quand serez-vous mon mari ? »

On murmure. On se moque.

Marie-Antoinette est vite entourée d’une cour de jeunes gens,parmi lesquels le comte d’Artois, le plus jeune des frères de Louis, le plusvif, le plus brillant. Et Louis semble indifférent, se livrant chaque jour, avecune violence exacerbée, à la chasse, traquant souvent seul les sangliers et lescerfs, et se jetant sur l’animal, le couteau à la main afin de l’achever et dele dépecer.

Puis, rentré au château, il redevient ce jeune hommesilencieux, morose, indifférent à cette femme qui s’étonne de la froideur deson époux.

« Seul le défaut de volonté du prince donne lieu à unesituation si étrange », concluent les médecins qui examinent Louis puisMarie-Antoinette.

On se gausse dans les salons de la Cour.

On murmure que ce mariage inaccompli a commencé sous desombres auspices : une bousculade et la panique n’ont-elles pas provoqué, lesoir des noces, cent trente-six morts à Paris ?

Et Louis a écrit au lieutenant général de police :

« J’ai appris le malheur arrivé à mon occasion. On m’apportece que le roi – Louis XV – m’envoie pour mes menus plaisirs. Je ne puisdisposer que de cela, je vous l’envoie pour secourir les plus malheureux. »

Et il fait remettre à Monsieur de Sartine 6 000 livres.

Cela ne fait pas taire les commentaires.

Les uns disent à propos de ces époux royaux : « Onles marie trop jeunes. »



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