
C’est anodin mais Louis découvre dans la copie d’une lettrede l’ambassadeur d’Autriche Mercy-Argenteau à l’impératrice Marie-Thérèse quele diplomate le trouve « bien peu aimable. Son extérieur est rude. Les affairespourraient même lui donner des moments d’humeur. » Et l’Autrichien se demandesi ce roi « impénétrable aux yeux les plus attentifs » doit cette « façond’être » à une « grande dissimulation » ou à une « grandetimidité ».
L’ambassadeur rapporte une exclamation de Marie-Antoinette :« Que voulez-vous qu’on puisse faire auprès d’un homme des bois ? »
Comment, quand on apprend cela, ne pas se renfermer, refuserde donner sa confiance, tenir son jeu secret ? Hésiter à choisir, sachantqu’on est à tout instant guetté ?
Faut-il revenir sur la réforme Maupeou ?
Nommer au contrôle général des Finances cet Anne RobertTurgot, intendant du Limousin, qu’on dit « physiocrate », économistedonc, adepte du laissez faire, laissez passer, voulant briser les corporationsde métier, décréter la libre circulation des grains, imaginant que ces libertésfavoriseront le commerce, permettront de réduire voire d’effacer ce déficit,cette tumeur maligne de la monarchie, ce mot que Louis entend plusieursfois par jour associé à ceux de banqueroute, d’économies, d’impôts, deréformes, de privilèges.
Louis se sent harcelé. Son mentor, ce vieil homme deMaurepas, le somme de se décider à nommer Turgot, de répondre à de nombreusesautres questions pressantes à propos de la réforme Maupeou, de la politiqueétrangère.
Faut-il préparer, entreprendre une guerre contre l’Angleterre,la grande bénéficiaire du traité de Paris, et profiter des difficultés queLondres rencontre dans ses colonies d’Amérique ?
Et cela suppose de donner encore plus de poids à l’allianceavec l’Autriche, et c’est naturellement ce que veut Marie-Antoinette, guidéepar l’ambassadeur Mercy-Argenteau.
