
Mais où est l’intérêt du royaume ?
Louis hésite.
« Que voulez-vous, dit-il à Maurepas, je suis accablé d’affaireset je n’ai que vingt ans. Tout cela me trouble. »
« Ce n’est que par la décision que ce trouble cessera, répondMaurepas. Les délais accumulent les affaires et les gâtent même, sans lesterminer. Le jour même que vous en aurez décidé une, il en naîtra une autre. C’estun moulin perpétuel qui sera votre partage jusqu’à votre dernier soupir. »
La seule manière d’échapper à cette meule des affaires qu’ilfaut trancher et qui tourne sans fin, et ne cessera qu’avec la mort, c’est de s’enfuir,de chevaucher dans les bois, de traquer le cerf et le sanglier, de se rendrejusqu’à Versailles ou à Marly. Louis rêve du jour où, enfin, il pourra s’installerà Versailles.
Il envisage déjà d’aménager des appartements privés, avecune salle de géographie, où il rassemblerait ses cartes et ses plans, un étageserait consacré à la menuiserie. Au-dessus se trouverait la bibliothèque, etenfin, au dernier étage, il placerait la forge, des enclumes et des outils pourtravailler le fer.
Un belvédère lui permettrait de pénétrer, grâce au télescope,tous les secrets des bosquets de Versailles et des bâtiments du château.
Il gardera ces lieux fermés, car il a déjà surpris lescommentaires ironiques ou méprisants, avec lesquels on juge ses goûts d’artisan,de forgeron, de serrurier, de menuisier.
Un roi, un gentilhomme jouent aux cartes, ou au trictrac, ilsapprécient les courses, ils chassent, mais ils ne se livrent pas aux activitésd’un roturier, d’un compagnon de métier !
Cela n’est pas digne d’un roi.
Mais ce sera un moyen pour lui de se retirer, d’échapper auxregards, aux harcèlements, aux décisions.
C’est si simple quand on n’agit que pour soi !
Ainsi, alors qu’on le met en garde, qu’on trouve l’initiativetéméraire, Louis accepte de se faire inoculer, à la demande de la reine et deses frères, la variole, et c’était encore une pratique jugée dangereuse, venuede cette terre hérétique et philosophique d’Angleterre, si vantée par Voltaireet le parti philosophique, afin d’être vacciné contre cette maladie qui avaitfait des hécatombes dans la famille royale.
