
On chantait alors le De Profundis des gens d’affaires,des financiers, des fermiers généraux, collecteurs d’impôts et prêteurs au roi.
Grâce au bon roi qui règne en France
Nous allons voir la poule au pot
Cette poule c’est la finance
Que plumera le bon Turgot.
Pour cuire cette chair maudite
Il faut la Grève pour marmite
Et Maupeou pour fagot.
Le mirage et l’espoir se sont dissipés.
Restent la déception, et, ici et là, la colère, et partoutla misère et la disette.
Et ce sentiment insupportable d’impuissance face auxinégalités criantes, aux privilèges provocants.
Et le roi ne peut rien, et peut-être ne veutrien.
On ne fait plus confiance à Turgot :
Est-ce Maupeou tant abhorré
Qui nous rend le blé cher en France
Est-ce le clergé, la finance ?
Des Jésuites est-ce la vengeance ?
Ou de l’Anglais un tour falot ?
Non, ce n’est point là le fin mot
Mais voulez-vous qu’en confidence
Je vous le dise… c’est Turgot.
Et le roi reçoit des menaces.
Pourtant cette situation paraît favorable aux privilégiés, endressant contre le pouvoir royal réformateur le peuple.
C’est jouer avec le feu, prévoit le marquis de Mirabeau, dontla vie chaotique, mêlant débauche, duels et écrits politiques, a aiguisé lalucidité.
« Rien ne m’étonne, note-t-il, si ce n’est l’atrocitéou la sottise de ceux qui osent apprendre à la populace le prix de sa force. Jene sais où l’on prend l’opinion qu’on arrêtera la fermentation des têtes. »
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Louis connaît l’opinion du marquis de Mirabeau.
Il a vu les émeutiers piller et saccager les boulangeries deVersailles. Il a entendu leurs cris remplir la cour du château. Et cependant, maintenantque la guerre des Farines s’achève, que l’ordre est rétabli partout, il a lesentiment qu’il a été capable de maîtriser les troubles.
