
Ce lundi 21 janvier 1793, à dix heures vingt, place de laRévolution, un homme est mort, que l’on ne nommait plus que Louis Capet. Mais c’estle corps du roi, et l’histoire de la nation, qu’on a tranchés en deux.
Quatre ans auparavant, en 1789, les sujets de toutes lesprovinces célébraient encore ce même homme, ce roi de France.
Et le 14 juillet 1790, il présidait la fête de la Fédération,rassemblant autour de lui tous les citoyens des départements du royaume.
Il était le roi des Français.
Et en mai 1774, quand il avait succédé à son grand-pèreLouis XV, les libellistes avaient écrit qu’il semblait « promettre à lanation le règne le plus doux et le plus fortuné ».
Qui eût osé imaginer qu’un jour, Louis XVI, Louis le Bon, serait,sous le simple nom de Louis Capet, guillotiné, sur la ci-devant place Louis-XV,devenue place de la Révolution ?
PREMIÈRE PARTIE
1774-1788
« Quel fardeau et onne m’a rien appris ! »
« N’oubliez jamais, Sire, que c’est la faiblessequi a mis la tête de Charles Ier sur un billot… »
Lettre de Turgot àLouis XVI 30 avril 1776
1
Ce roi, Louis XVI, qu’on tue après l’avoir humilié, peut-êtrea-t-il pressenti qu’il aurait, en accédant au trône de France, un destintragique ?
Cela survient le 10 mai 1774.
Depuis plusieurs jours déjà, il sait que son grand-pèreLouis XV est condamné, et qu’il sera lui, Louis Auguste, duc de Berry, sonsuccesseur.
L’angoisse et l’accablement l’étreignent.
Il a vu le corps du roi – Louis le Bien-Aimé, le plus belhomme du royaume, avait-on qualifié Louis XV -se transformer en un tas dechairs purulentes et puantes, le visage couvert de pustules et de croûtes.
