
On s’agenouille pour prier, mais au pied de l’escalier quiconduit à la chambre du roi, parce qu’à s’en approcher on craint la contagion.
« Madame, j’ai la petite vérole », a dit Louis XVà sa favorite, la comtesse du Barry.
Il veut, après une vie dissolue, solliciter la grâce de Dieu,et donc écarter cette maîtresse qui était – après tant d’autres – l’incarnationdu péché.
« Il est nécessaire que vous vous éloigniez », luia-t-il dit.
Elle a obéi et quitté Versailles pour le château de Rueil.
Et le confesseur de Louis XV a pu recueillir les dernièresparoles du roi agonisant. Puis il s’est avancé vers les courtisans qui setiennent à distance.
« Messieurs, le roi m’ordonne de vous dire que s’il acausé du scandale à ses peuples, il leur en demande pardon et qu’il est dans larésolution d’employer le reste de ses jours à pratiquer la religion en bonchrétien comme il l’a fait dans sa jeunesse, et à la protéger et à faire lebonheur de ses peuples. »
Louis, duc de Berry, bientôt Louis XVI, écoute ces mots.
Mais il est trop tard, la mort est là qui se saisit du corpsdu roi, qu’il faut au plus vite enfermer dans un double cercueil de plombrempli d’« esprit de vin ».
Et ce roi, si puissant, si adulé dans la première partie deson règne, n’est plus qu’un cadavre qui se dissout, dont on s’éloigne, qu’onveut oublier.
On avait célébré six mille messes en 1744 lorsque la maladieavait terrassé Louis XV. On n’en compte que trois en 1774.
Et Louis XVI apprendra que c’est accompagné seulement dequelques domestiques, et d’une petite escorte de gardes du corps, que lecercueil du roi a été conduit jusqu’à Saint-Denis, la nuit du 12 mai.
Et tout au long de la route on a entendu crier, d’un tonjoyeux : « Taïaut ! Taïaut ! » et « Voilà leplaisir des dames ! Voilà le plaisir ».
