PREMIERE PARTIE

I

La starlette se renversa en arrière, les reins arqués sûr un coussin du divan, le seul meuble qui pût donner une illusion de luxe dans une chambre d’aspect misérable. Elle croisa très haut les jambes et bomba le torse avec une application visible, comme si elle s’efforçait de faire jaillir tout son corps hors de son déshabillé. Puis, elle interrogea le photographe avec le regard d’un élève obséquieux qui quête une approbation de son maître.

« Comme ça ? ou un peu plus haut ? »

Il haussa les épaules sans répondre, d’un geste excédé. Elle parut inquiète et ajouta vivement :

« Si vous croyez que c’est mieux, je peux enlever mon soutien-gorge, »

Martial Gaur, qui l’observait depuis un moment, avec une impatience mal contenue, à travers le viseur, entra soudain dans une colère rageuse et jeta son appareil sur le divan avec une telle violence qu’elle sursauta et se recroquevilla sur ses coussins.

« Ton slip, peut-être ? Tu te fiches de moi ? Tu t’imagines que je travaille dans le porno ou tu te prends pour une vraie star qui peut tout se permettre ?

— C’est mon agent qui m’a recommandé...

— Ton agent est un Jean foutre. C’est lui qui prend les photos ou c’est moi ? Des photos suggestives, tu m’entends ?

Suggestives, on t’a appris ce que ça veut dire ? Ça ne signifie pas que tu dois te mettre à poil. »

Les lèvres de la jeune fille s’étaient gonflées en une moue enfantine. Le voyant s’approcher d’elle en grommelant encore des injures, elle eut un geste du bras comme pour parer une gifle. La colère de Martial Gaur ne résista pas à ce réflexe attendrissant. Sans transition, il changea de ton.

« La voilà qui pleure, maintenant ! Malheur ! Veux-tu te calmer. Tu vas être chouette. Je ne suis pas un ogre.



1 из 134