
Simplement, je connais mon métier, un métier que je pratique depuis bien avant ta naissance, tu comprends ? Fais ce que je te dis et tu auras une belle photo, la plus belle que tu puisses imaginer, je te le promets, une photo qui t’attirera des millions d’admirateurs, qui sera reproduite dans tous les magazines du monde et qui alléchera les producteurs de trois ou quatre continents, là. C’est la première fois que tu poses ainsi, n’est-ce pas ? Alors, fais-moi confiance. Réserves-en un peu pour plus tard. Laisse-moi t’arranger. »
Il rabattit un peu son déshabillé, la força à baisser une jambe, puis se recula pour l’examiner, le sourcil froncé.
« Ça pourra aller. Mais maintenant, il faut attendre que la fontaine soit tarie. Mouche-toi et refais ton maquillage... sans exagération. Il faut suggérer, je te dis. Vous êtes toutes les mêmes.
— Je ferai ce que vous voudrez.
— Ça vaudra mieux. »
Elle esquissa un sourire à travers ses larmes et s’assit au fond de la pièce, devant une table branlante qui lui servait de coiffeuse. Il la regarda un instant, passa machinalement son doigt sur un meuble, le retira noir de poussière, haussa encore les épaules et se mit à arpenter la chambre les mains derrière le dos, tandis qu’elle lui lançait des coups d’œil craintifs. Intimidée maintenant par son silence, elle tenta de renouer la conversation et, remarquant sa démarche mal assurée, lui demanda.
« Vous boitez ? Vous vous êtes fait mal à la jambe ? »
Elle n’en ratait pas une ! Il faillit céder à un nouvel accès de colère, mais il se contint et eut simplement un petit rire amer.
« Assez mal. Regarde. »
Il releva le bas de son pantalon et lui montra l’amorce de la jambe artificielle, au-dessus de la chaussette. Elle rougit de confusion.
