Je pris le parti de m’arrêter à Zenda, petite ville située à environ quinze lieues de la capitale et à trois lieues de la frontière. J’y arrivai vers le soir; mon intention était de passer la journée du lendemain mardi à excursionner dans les montagnes des environs, qu’on dit fort belles, de jeter un coup d’œil sur le fameux château de Zenda et de prendre le mercredi matin un train pour Strelsau; je comptais revenir le soir coucher à Zenda.


Je descendis donc à Zenda, et, comme j’attendais sur le quai que le train eût repris sa route, j’aperçus Mme de Mauban: elle s’en allait jusqu’à Strelsau, où elle avait retenu des appartements. Je souris à la pensée que George Featherly eût été considérablement surpris s’il avait pu savoir qu’elle et moi avions été compagnons de voyage pendant si longtemps.


Je fus reçu avec les plus grands égards à l’hôtel, – un hôtel modeste, – tenu par une brave dame âgée et ses deux filles. C’étaient d’excellentes gens, et que les agitations de la capitale ne paraissaient guère troubler. La vieille dame avait, au fond du cœur, un petit faible pour le duc de Strelsau qui, par le testament du roi, se trouvait maître de toute la province de Zenda et propriétaire du château qui s’élevait majestueusement sur la hauteur, à un mille à peu près de l’auberge. Elle ne se gênait pas pour exprimer hautement le regret que ce ne fût pas le duc qui régnât au lieu de son frère.


«Nous aimons tous le duc Michel; il a toujours vécu au milieu de nous; il n’est pas un Ruritanien qui ne connaisse le duc Michel. Le roi, au contraire, a passé la plus grande partie de sa vie à l’étranger. Je gage que pas une personne sur dix ici ne l’a vu.


– Et maintenant, approuva l’une des jeunes femmes, on dit qu’il a coupé sa barbe, de sorte qu’on ne le reconnaît plus du tout.


– Coupé sa barbe! s’exclama la mère. Qui a dit cela?


– C’est Jean, le garde du duc. Il a vu le roi.



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