
Un moment plus tard, George me rejoignit.
«Vous allez avoir une délicieuse compagne de voyage, dit-il: la déesse du pauvre Bertrand, Antoinette de Mauban. Elle va comme vous à Dresde… elle aussi, sans doute, pour visiter les musées. Toutefois il est étrange qu’elle ne désire pas, pour le moment, que je vous présente à elle.
– Mais je ne désire pas du tout lui être présenté, observai-je, un peu contrarié.
– Je lui ai offert de vous mener à elle, mais elle a répondu: Une autre fois. Qui sait, mon vieux, vous allez peut-être avoir la chance d’être tamponnés; vous la sauverez, et vous supplanterez le duc de Strelsau!»
Nous n’eûmes à souffrir d’aucun accident pendant le voyage et je puis certifier que Mme de Mauban arriva à bon port; car, après avoir passé une nuit à Dresde, nous reprîmes le même train le lendemain matin. Comme elle avait clairement manifesté le désir d’être seule, j’avais mis la plus grande discrétion à éviter toute occasion de la rencontrer. Mais je constatai qu’elle suivait la même route que moi lorsque je fus au terme du voyage, et je m’arrangeai de façon à jeter un œil sur elle chaque fois que je pouvais le faire sans être remarqué.
Lorsque nous arrivâmes à la frontière de Ruritanie, – où le vieil officier de garde à la douane m’examina avec un étonnement qui ne me permit plus de conserver le moindre doute sur ma ressemblance avec les Elphberg – j’achetai des journaux où je trouvai certaines nouvelles qui modifièrent quelque peu mes mouvements. Pour une raison que je ne m’expliquais pas, et qui semblait tenir du mystère, la date du couronnement avait tout à coup été avancée, et la cérémonie fixée au surlendemain. Tout le pays était sens dessus dessous: Strelsau, à n’en pas douter, devait être bondé; il était peu probable que je puisse trouver à me loger, à moins de payer des prix exorbitants.
