– Rose me reproche de n’être bon à rien et d’avoir les cheveux roux, fis-je avec humeur.


– Je ne lui reproche pas ses cheveux, dit Rose; ce n’est pas de sa faute.


– Les cheveux roux apparaissent ainsi au moins une fois par génération dans notre famille, repartit mon frère; le nez droit aussi. Rodolphe a le nez et les cheveux.


– C’est extrêmement contrariant, reprit Rose, très rouge.


– Cela ne me déplaît pas,» fis-je. Et, me levant, je m’inclinai profondément devant le portrait de la comtesse Amélie.


Ma belle-sœur jeta un petit cri d’impatience.


«Combien j’aimerais, Robert, que vous fissiez enlever ce portrait!


– Ma chérie… fit-il doucement.


– Bonté du ciel! m’écriai-je.


– On pourrait au moins oublier, continua-t-elle.


– Ce serait difficile, Rodolphe étant là, reprit Robert en secouant la tête.


– Et pourquoi vouloir qu’on oublie?


– Rodolphe!» s’écria Rose d’un ton indigné et en rougissant, ce qui la rendait encore plus jolie.


Je me mis à rire et me replongeai dans mon œuf. J’avais opéré une heureuse diversion. Rose ne songeait plus à me reprocher ma paresse. Pour clore la discussion et aussi, je dois l’avouer, pour pousser à bout ma sévère petite belle-sœur, je repris:


«Il ne me déplaît pas d’être un Elphberg, au contraire.»


Lorsque je lis un roman, je n’hésite jamais à sauter les explications préliminaires, et cependant, écrivant moi-même une histoire, je reconnais qu’elles sont indispensables. Comment, par exemple, pourrais-je me dispenser d’expliquer pourquoi mon nez et la couleur de mes cheveux exaspéraient ma belle-sœur, et pourquoi je me gratifiais du nom d’Elphberg?


Si considérée, si ancienne que soit la famille des Rassendyll, elle n’est pourtant point de sang royal comme celle des Elphberg; elle n’est même point alliée à une maison royale. Quel est donc le lien qui unit la famille régnante de Ruritanie et les Rassendyll, Strelsau et le château de Zenda au manoir de Burlesdon?



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