«Ma chère sœur, si, d’ici à six mois, il n’a pas surgi quelque obstacle imprévu et que sir Jacob m’invite à le suivre, je vous promets que je l’accompagnerai.


– Rodolphe, comme c’est gentil! Que vous êtes bon! Je suis si contente!


– Où doit-il aller?


– Il n’en sait rien encore, mais on ne peut lui donner qu’une grande ambassade.


– Madame, dis-je, pour l’amour de vous, je le suivrai, même si ce n’est qu’une misérable légation; quand j’ai décidé de faire une chose, je ne la fais pas à demi!»


J’étais engagé, j’avais donné ma parole d’honneur: il est vrai que j’avais six mois devant moi, et six mois, c’est long. Je me demandais donc ce que j’allais faire pour passer le temps, quand il me vint tout à coup l’idée d’aller faire un tour en Ruritanie. Il peut paraître étrange que cette idée ne me fût pas venue plus tôt, mais mon père – en dépit d’une tendresse, dont il rougissait, pour les Elphberg, tendresse qui l’avait amené à me donner, à moi son second fils, le nom patronymique des Elphberg, Rodolphe – s’était toujours opposé à ce que j’y allasse, et, depuis sa mort, mon frère, influencé par Rose, avait accepté la tradition adoptée dans la famille, qui voulait que l’on se tînt à distance respectueuse de ce pays.


Du jour où cette idée d’un voyage en Ruritanie me fut entrée dans la tête, je n’y tins plus.


«Après tout, me disais-je, les Elphberg ne peuvent revendiquer le monopole exclusif des grands nez et des cheveux roux…,» et la vieille histoire semblait une raison ridiculement insuffisante pour me priver de prendre contact avec un royaume des plus intéressants et importants, qui avait joué un grand rôle dans l’histoire de l’Europe et qui pouvait recommencer sous le sceptre d’un souverain jeune et courageux comme l’était, disait-on, le nouveau roi.



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