
«Si c’est l’ancienne histoire, dit-il, vous pouvez étrangler cela net, Bert; elle quitte Paris demain.
– Je le sais bien, observa Bertram avec brusquerie.
– Il est vrai que cela ne ferait pas une grande différence si elle restait, poursuivit George, inexorable. Elle vole plus haut que les gribouilleurs de papier, mon vieux!
– Qu’elle aille au diable! dit Bertram.
– Votre conversation serait beaucoup plus intéressante pour moi, me hasardai-je à observer, si je savais de qui vous voulez parler.
– Antoinette Mauban, dit George. – De Mauban, grogna Bertram.
– Ah! oh! fis-je, sans insister sur la question du de, vous ne voulez pas dire, Bert…
– Oh! qu’on me laisse tranquille.
– Et où part-elle?» demandai-je, car la dame en question jouissait d’une certaine renommée.
George jouait avec une poignée de monnaie; il sourit malicieusement au pauvre Bertram et répondit plaisamment:
«Personne ne le sait. Au fait, Bert, j’ai rencontré chez elle un homme considérable l’autre soir… il y a environ un mois. Le connaissez-vous?… le duc de Strelsau.
– Si je le connais!… grommela Bertram.
– Un gentilhomme tout à fait accompli, à ce que je crois.»
Il n’était pas difficile de comprendre que les allusions de George relatives au duc n’avaient d’autre but que d’aggraver la contrariété de Bertram, d’où il conclut que le duc avait distingué par ses attentions Mme de Mauban. C’était une veuve riche, fort belle, et, d’après les bruits qui couraient sur elle, très ambitieuse. Il était tout à fait possible que, comme l’insinuait George, elle volait aussi haut que ce personnage qui était tout ce que l’on pouvait être, sauf qu’il ne jouissait pas d’un rang strictement royal. Car le duc était le fils du feu roi de Ruritanie, mais issu d’un second mariage morganatique, par conséquent demi-frère du nouveau roi. Il avait été le favori de son père et de fâcheux commentaires avaient accueilli son élévation au titre de duc sous le nom d’une ville qui n’était autre que la capitale elle-même. Sa mère était simplement une femme d’une bonne mais modeste naissance.
