
«Il n’est pas à Paris, n’est-ce pas? demandai-je.
– Oh! non! Il est retourné là-bas pour assister au couronnement du roi, une cérémonie qui, je dois le dire, ne le réjouira pas beaucoup. Allons, Bert, vieux camarade, ne désespère pas. Il n’épousera pas la belle Antoinette, du moins… tant qu’un autre plan ne viendra pas à échouer. Car, peut-être…» Il fit une pause, puis ajouta, en riant: «Il est bien difficile de résister à des attentions royales, n’est-ce pas… ne croyez-vous pas, Rodolphe?
– Allons! en voilà assez», dis-je. Et, me levant, je laissai le désespéré Bertram aux mains de George et rentrai me coucher.
Le lendemain soir, George m’accompagna à la gare, où je pris un billet direct pour Dresde.
«Ainsi, ce sont les musées qui vous attirent?» fit-il avec un sourire incrédule.
George est le roi des potiniers. Si je lui avais dit que je m’en allais en Ruritanie, la nouvelle eût été sue à Londres dans trois jours, et à Park-Lane en moins d’une semaine. J’allais donc lui répondre d’une manière évasive quand il me sauva d’un mensonge en me quittant soudain pour traverser le quai. Le suivant des yeux, je le vis qui se découvrait devant une femme élégante et gracieuse qui sortait de la salle des bagages.
Grande, brune, un peu forte, mais encore de belle tournure, elle pouvait avoir dans les trente ou trente-deux ans. Tandis que George lui parlait, elle jeta un regard de mon côté et ma vanité souffrit à la pensée que, emmitouflé dans un manteau de fourrure avec un cache-nez au cou (c’était une froide journée d’avril) et coiffé d’un chapeau mou qui m’entrait jusqu’aux oreilles, j’étais loin d’être à mon avantage.
