Amélie Nothomb


Le Robert des noms propres


LUCETTE en était à sa huitième heure d'insomnie. Dans son ventre, le bébé avait le hoquet depuis la veille. Toutes les quatre ou cinq secondes, un sursaut gigantesque secouait le corps de cette fillette de dix-neuf ans qui, un an plus tôt, avait décidé de devenir épouse et mère.

Le conte de fées avait commencé comme un rêve: Fabien était beau, il se disait prêt à tout pour elle, elle l'avait pris au mot. L'idée de jouer au mariage avait amusé ce garçon de son âge et la famille, perplexe et émue, avait vu ces deux enfants mettre leurs habits de noces.

Peu après, triomphante, Lucette avait annoncé qu'elle était enceinte.

Sa grande sœur lui avait demandé:

– Ce n'est pas un peu tôt?

– Ce ne sera jamais assez tôt! avait répondu la petite, exaltée.

Peu à peu, les choses étaient devenues moins féeriques. Fabien et Lucette se disputaient beaucoup. Lui qui avait été si heureux de sa grossesse lui disait à présent:

– Tu as intérêt à cesser d'être folle quand le petit sera là!

– Tu me menaces?

Il s'en allait en claquant la porte.

Pourtant, elle était sûre de ne pas être folle. Elle voulait que la vie soit forte et dense. Ne fallait-il pas être folle pour vouloir autre chose? Elle voulait que chaque jour, chaque année, lui apporte le maximum.

Maintenant, elle voyait que Fabien n'était pas à la hauteur. C'était un garçon normal. Il avait joué au mariage et, à présent, il jouait à l'homme marié. Il n'avait rien d'un prince charmant. Elle l'agaçait. Il disait:

– Ça y est, elle fait sa crise. Parfois, il était gentil. Il lui caressait le ventre en disant:

– Si c'est un garçon, ce sera Tanguy. Si c'est une fille, ce sera Joëlle.

Lucette pensait qu'elle détestait ces prénoms.



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