
– As-tu remarqué combien sa voix est jolie? disait Clémence.
– Tu as déjà entendu un enfant qui n'avait pas une voix mignonne? remarquait Denis.
– Justement! Elle a une voix jolie, pas une voix mignonne, répliquait-elle.
En septembre, on la mit à l'école maternelle.
– Elle aura trois ans dans un mois. C'est un peu tôt, peut-être.
Là ne fut pas le problème.
Après quelques jours, la maîtresse avertit Clémence qu'elle ne pouvait pas garder Plectrude.
– Elle est encore trop petite, n'est-ce pas?
– Non, madame. J'ai des enfants plus petits qu'elle en classe.
– Alors?
– C'est à cause de son regard.
– Quoi?
– Elle fait pleurer les autres enfants rien qu'en les regardant fixement. Et je dois dire que je les comprends: quand c'est moi qu'elle regarde, je suis mal à l'aise.
Clémence, folle de fierté, annonça aux gens que sa fille avait été renvoyée de l'école maternelle à cause de ses yeux. Personne n'avait jamais entendu une pareille histoire.
Déjà, les gens marmonnaient:
– Vous avez connu des enfants qui s'étaient fait renvoyer de l'école maternelle, vous?
– Et pour leurs yeux, en plus!
– C'est vrai qu'elle regarde bizarrement, cette gosse!
– Les deux aînées sont si sages, si gentilles. C'est un démon, la petite dernière!
Connaissait-on ou ne connaissait-on pas les circonstances de sa naissance? Clémence se garda bien d'aller interroger les voisins là-dessus. Elle préféra considérer comme acquise la filiation directe qui la reliait à Plectrude.
