– Moi, je fais un bébé. Tu es au courant?

– Je pense bien. Tu ne parles que de ça.

– Eh bien c'est très fatigant, figure-toi, d'être enceinte.

– C'est pas ma faute. C'est toi qui l'as voulu. Je peux pas le porter à ta place.

– On peut savoir ce que tu fais, l'après-midi?

– Non.

Elle éclata de rage:

– Je ne sais plus rien, moi! Tu ne me dis plus rien!

– A part le bébé, rien ne t'intéresse.

– Tu n'as qu'à être intéressant. Alors, je m'intéresserai à toi. – Je suis intéressant.

– Vas-y, intéresse-moi, si tu en es capable! Il soupira et partit chercher un étui. Il en sortit un revolver. Elle ouvrit de grands yeux.

– C'est ça que je fais, l'après-midi. Je tire.

– Où ça?

– Un club secret. Aucune importance.

– Il y a de vraies balles dedans?

– Oui.

– Pour tuer les gens?

– Par exemple.

Elle caressa l'arme avec fascination.

– Je deviens bon, tu sais. Je touche le cœur de la cible au premier coup. C'est une sensation que tu ne peux pas imaginer. J'adore. Quand je commence, je ne peux plus m'arrêter.

– Je comprends.

Cela ne leur arrivait pas souvent de se comprendre.

La grande sœur, qui avait déjà deux petits enfants, venait voir Lucette qu'elle adorait. Elle la trouvait si jolie, toute frêle avec son gros ventre. Un jour, elles se disputèrent:

– Tu devrais lui dire de chercher un boulot. Il va être père.

– Nous avons dix-neuf ans. C'est les parents Qui paient. – Ils ne vont pas payer éternellement.

– Pourquoi viens-tu m'embêter avec ces histoires? – C'est important, quand même.

– Il faut toujours que tu viennes gâcher mon bonheur!

– Qu'est-ce que tu racontes?

– Et maintenant, tu vas me dire qu'il faut être raisonnable, et gnagnagna!

– Tu es folle! Je n'ai pas dit ça!

– Ça y est! Je suis folle! Je l'attendais, celle-là! Tu es jalouse de moi! Tu veux me détruire!



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