– Posez cette arme! dirent-ils en la menaçant.

– Oh, elle n'est plus chargée, répondit-elle en obéissant.

Elle conduisit les policiers jusqu'au lit conjugal pour montrer son œuvre.

– On l'emmène au commissariat ou à l'hôpital?

– Pourquoi à l'hôpital? Je ne suis pas malade.

– Nous ne savons pas. Mais vous êtes enceinte.

– Je ne suis pas sur le point d'accoucher. Emmenez-moi au commissariat, exigea-t-elle, comme si c'était un droit.

Quand ce fut chose faite, on lui dit qu'elle pouvait appeler un avocat. Elle dit que ce n'était pas nécessaire. Un homme dans un bureau lui posa des questions à n'en plus finir, au nombre desquelles figurait:

– Pourquoi avez-vous tué votre mari?

– Dans mon ventre, le petit avait le hoquet.

– Oui, et ensuite?

– Rien. J'ai tué Fabien.

– Vous l'avez tué parce que le petit avait le hoquet?

Elle parut interloquée avant de répondre:

– Non. Ce n'est pas si simple. Cela dit, le petit n'a plus le hoquet.

– Vous avez tué votre mari pour faire passer le hoquet du petit?

Elle eut un rire déplacé:

– Non, enfin, c'est ridicule!

– Pourquoi avez-vous tué votre mari?

– Pour protéger mon bébé, affirma-t-elle, cette fois avec un sérieux tragique.

– Ah. Votre mari l'avait menacé?

– Oui.

– II fallait le dire tout de suite.

– Oui.

– Et de quoi le menaçait-il?

– Il voulait l'appeler Tanguy si c'était un garçon et Joëlle si c'était une fille.

– Et puis?

– Rien.

– Vous avez tué votre mari parce que vous n'aimiez pas son choix de prénoms?

Elle fronça les sourcils. Elle sentait bien qu'il manquait quelque chose à son argumentation et, pourtant, elle était sûre d'avoir raison. Elle comprenait très bien son geste et trouvait d'autant plus frustrant de ne pas parvenir à l'expliquer. Elle décida alors de se taire.



5 из 80