– Vous êtes sûre que vous ne voulez pas un avocat?

Elle en était sûre. Comment eût-elle expliqué cela à un avocat? Il l'eût prise pour une folle, comme les autres. Plus elle parlait, plus on la prenait pour une folle. Donc, elle la bouclerait.


Elle fut incarcérée. Une infirmière venait la voir chaque jour.

Quand on lui annonçait une visite de sa mère ou de sa grande sœur, elle refusait.

Elle ne répondait qu'aux questions concernant sa grossesse. Sinon, elle restait muette.

Dans sa tête, elle se parlait: «J'ai eu raison de tuer Fabien. Il n'était pas mauvais, il était médiocre. La seule chose qui n'était pas médiocre en lui, c'était son revolver, mais il n'en aurait jamais fait qu'un usage médiocre, contre les petits voyous du voisinage, ou alors il aurait laissé le bébé jouer avec. J'ai eu raison de le retourner contre lui. Vouloir appeler son enfant Tanguy ou Joëlle, c'est vouloir lui offrir un monde médiocre, un horizon déjà fermé. Moi, je veux que mon bébé ait l'infini à sa portée. Je veux que mon enfant ne se sente limité par rien, je veux que son prénom lui suggère un destin hors norme.»


Lucette accoucha en prison d'une petite fille. Elle la prit dans ses bras et la regarda avec tout l'amour du monde. Jamais on ne vit jeune mère plus émerveillée.

– Tu es trop belle! répétait-elle au bébé.

– Comment l'appellerez-vous?

– Plectrude.

Une délégation de matonnes, de psychologues, de vagues juristes et de médecins plus vagues encore défila auprès de Lucette pour protester: elle ne pouvait pas appeler sa fille comme ça.

– Je le peux. Il y a eu une sainte Plectrude. Je ne sais plus ce qu'elle a fait mais elle a existé. On consulta un spécialiste qui confirma.

– Pensez à l'enfant, Lucette.

– Je ne pense qu'à elle.

– Ça ne lui posera que des problèmes.



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