
— Tu as tous les vices, ne se retint plus la mère. Encore ces BD idiotes. Ton père se tue au travail dans cette sacrée Western, il trime jour et nuit avant les lancements, pendant que ce petit bonhomme…
— Laisse, Mary-Ann, dit John. Il savait qu’une fois partie, et ce n’était pas si rare que ça, son épouse n’était pas facile à stopper.
A ce moment, la porte grinça et sur le seuil apparut…
— C’est lui, papa ! cria Johnny. Qu’est-ce que je te disais !
Mary-Ann se figea sur place, serrant contre elle un plat sale. La bouche de Mrs. Rogers s’ouvrit si grande que son poing aurait facilement pu y entrer.
D’une démarche dégingandée, d’ailleurs non dépourvue de grâce, un être bizarre traversa lentement la pièce et s’approcha de la table.
— S’il restait chez nous, papa ? murmura Johnny.
L’être s’immobilisa sur trois pattes, levant la quatrième. Puis, de la tache sur son front, jaillit un rayon de vive lumière, qui glissa précipitamment sur l’huile bon marché représentant la chasse au kangourou, fixée de guingois sur un mur. L’être semblait examiner le tableau. Ses yeux brillèrent, puis clignotèrent très vite de feux multicolores.
— John, articula plaintivement Mary-Ann.
Le bruit du plat se brisant fit revenir John à lui.
— Ouste, maudite bête ! cria-t-il et il lança contre le monstre les dés qu’il avait trouvés dans une poche de son bleu de travail.
L’être fit un bond de côté, ses poils se hérissèrent. Le rayon, quittant le tableau, se braqua sur le visage de John.
— Ah, c’est comme ça ? ! Mettant sa main en visière pour se protéger contre la lumière aveuglante, John se rua sur le « chat », attrapant de l’autre main un tabouret.
— Hum… un chat, dis-tu ? répéta le shérif. Et pourquoi pas un diablotin ? Ou, mieux encore, un éléphant rose.
— Parole d’honneur, je n’ai pas bu une goutte l’autre soir.
