Le vainqueur recevra un prix précieux. Ainsi décida le roi.

Mais la singulière Clarinda ne l’entendait pas ainsi. Longtemps elle supplia son père. Oui, elle est d’accord pour un tournoi. Seulement les chevaliers s’affronteront non pas dans la lice, mais dans la salle de concert, non pas avec des lances et des glaives, mais avec des luths et des harpes. Ce sera non pas une vulgaire empoignade où triomphe la force grossière, mais un tournoi de bardes et de ménestrels. Un concours d’interprètes.

Cette requête insolite éberlua le souverain.

— Ma fille, dit-il en exhortant son enfant rebelle. Le tournoi de chevaliers révélera le plus fort, le plus courageux. Or, ne sont-ce pas des qualités que devra posséder ton futur époux ?

— Père, la force n’est pas toujours doublée de noblesse, répondit Clarinda. Et si la victoire revenait à un quelconque balourd ne sachant rien faire d’autre que de manier la lance ? J’en souffrirai tout le reste de ma vie…

Elle soupira.

— Mais pourquoi précisément des musiciens ?

— Parce que la musique, c’est l’âme de l’homme, s’enflamma la princesse en froissant son mouchoir. Un homme à l’âme mesquine ne saurait exceller dans l’art des bardes. La musique exprime ce qu’il y a de plus précieux dans l’homme… Et puis rien ne peut aider le musicien : ni la force, ni la notabilité.

— Mais il y a aussi la virtuosité insensible, objecta le roi.

— Un musicien qui a une âme véritable ne saurait être seulement un interprète inexpressif, fit Clarinda en hochant la tête. Dans les sons qu’il arrache à l’instrument j’entends le bruit des vagues et le pleur du chalumeau du pastoureau, le chuchotement de l’amour et le martellement des sabots, le cliquetis des épéesqui embrase le cœur du guerrier… »



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