
Grieg posa le livre sur ses genoux.
— Sapristi ! Mais la belle Clarinda vient d’évoquer le jazz ! s’exclama-t-il, envahi par une idée encore confuse.
« …Ma fille, depuis la mort de ta mère tous tes désirs ont pour moi force de loi, dit le roi. Que ton désir soit exaucé.
Peu après sur toutes les places des hérauts annoncèrent la surprenante nouvelle. Et moult musiciens ayant soif de mesurer leurs forces, de batailler pour le prix inédit prirent le chemin de la capitale… »
Impatient, Grieg passa plusieurs pages consacrées à la description du concours des musiciens.
« …Les épreuves touchaient à leur fin. Des torches aux flammes capricieuses éclairaient la salle. Presque tous les inscrits s’étaient produits. Le concours en était à son quatrième jour. Clarinda éliminait implacablement.
Ne supportant pas le déshonneur, les musiciens malheureux quittaient la salle la tête nue.
Un blond Normand venu concourir de son Nord lointain grimpa sur l’estrade. Le regard satisfait du roi se posa sur la silhouette harmonieuse du jeune homme. Celui-là accorda son luth et se mit à chanter. Après quelques couplets il regarda démonstrativement la princesse.
— Cela suffit, lança la princesse en faisant un geste de négation.
Le jeune garçon se plaça les mains sur le visage et quitta précipitamment la salle après avoir failli heurter la hallebarde d’un garde.
— Qu’est-ce qui te déplaît en lui ? chuchota le roi en se penchant vers sa fille. Il paraît bien sous tous les rapports.
— Il est trop monotone, fit Clarinda en haussant les épaules.
— Mais que peut-on tirer d’un misérable luth ? grommela involontairement le roi.
— Un véritable musicien en obtiendra tout un univers, dit Clarinda en regardant le concurrent suivant s’avancer sur l’estrade.
