
Triste race qui te disperseras sur cette terre de crépuscule et de prières! le souvenir du Paradis perdu viendra désoler tes extases, du Paradis que tu rechercheras partout – dont viendront te reparler des prophètes – et des poètes, que voici, qui recueilleront pieusement les feuillets déchirés du Livre immémorial où se lisait la vérité qu’il faut connaître.
II
Si Narcisse se retournait, il verrait, je pense, quelque verte berge, le ciel peut-être, l’Arbre, la Fleur – quelque chose de stable enfin, et qui dure, mais dont le reflet tombant sur l’eau se brise et que la fugacité des flots diversifie.
Quand donc cette eau cessera-t-elle sa fuite? et résignée enfin, stagnant miroir, dira-t-elle en la pureté pareille de l’image, – pareille enfin, jusqu’à se confondre avec elles – les lignes de ces formes fatales, – jusqu’à les devenir, enfin.
Quand donc le temps, cessant sa fuite, laissera-t-il que cet écoulement se repose? Formes, formes divines et pérennelles! qui n’attendez que le repos pour reparaître, oh! quand, dans quelle nuit, dans quel silence, vous recristalliserez-vous?
Le Paradis est toujours à refaire; il n’est point en quelque lointaine Thulé. Il demeure sous l’apparence. Chaque chose détient, virtuelle, l’intime harmonie de son être, comme chaque sel, en lui, l’archétype de son cristal; – et vienne un temps de nuit tacite, où les eaux plus denses descendent: dans les abîmes imperturbés fleuriront les trémies secrètes…
Tout s’efforce vers sa forme perdue; elle transparaît mais salie, gauchie, et qui ne se satisfait pas, car toujours elle recommence; pressée, gênée par les formes voisines qui s’efforcent aussi chacune de paraître, – car, être ne suffit plus: il faut que l’on se prouve, – et l’orgueil infatue chacune. L’heure qui passe bouleverse tout.
