Comme le temps ne fuit que par la fuite des choses, chaque chose s’accroche et se crispe pour ralentir un peu cette course et pouvoir apparaître mieux. Il est des époques alors, où les choses se font plus lentes, où le temps repose, – l’on croit; – et comme le bruit, avec le mouvement, cesse, – tout se tait. On attend; on comprend que l’instant est tragique et qu’il ne faut pas bouger.


«Il se fit dans le ciel un silence»; prélude des apocalypses. – Oui tragiques, tragiques époques, où commencent des ères nouvelles, où le ciel et la terre se recueillent, où le livre aux sept sceaux va s’ouvrir, où tout va se fixer dans une posture éternelle… mais surgit quelque clameur importune; sur les plateaux élus où l’on croit que le temps va finir, – toujours quelques avides soldats qui se partagent des vêtements, et qui jouent aux dés des tuniques, – lorsque l’extase immobilise les saintes femmes, et que le voile qui se déchire va livrer les secrets du temple; quand toute la création contemple le Christ enfin qui se fige en la croix suprême, disant les dernières paroles: «Tout est consommé…»


… Et puis, non! tout est à refaire, à refaire éternellement – parce qu’un joueur de dés n’avait pas arrêté son vain geste, parce qu’un soldat voulait gagner une tunique, parce que quelqu’un ne regardait pas.


Car la faute est toujours la même et qui reperd toujours le Paradis: l’individu qui songe à soi tandis que la Passion s’ordonne, et, comparse orgueilleux, ne se subordonne pas

Inépuisables messes, chaque jour, pour remettre le Christ en agonie, et le public en position de prière… un public! – quand il faudrait prosterner l’humanité entière: – alors une messe suffirait.



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