
Si nous savions être attentifs et regarder…
III
Le Poète est celui qui regarde. Et que voit-il? – Le Paradis.
Car le Paradis est partout; n’en croyons pas les apparences. Les apparences sont imparfaites: elles balbutient les vérités qu’elles recèlent; le Poète, à demi-mot, doit comprendre, – puis redire ces vérités. Est-ce que le Savant fait rien d’autre? Lui aussi recherche l’archétype des choses et les lois de leur succession; il recompose un monde enfin, idéalement simple, où tout s’ordonne normalement.
Mais, ces formes premières, le Savant les recherche, par une induction lente et peureuse, à travers d’innombrables exemples: car il s’arrête à l’apparence, et, désireux de certitude, il se défend de deviner.
Le Poète, lui, qui sait qu’il crée, devine à travers chaque chose – et une seule lui suffit, symbole, pour révéler son archétype; il sait que l’apparence n’en est que le prétexte, un vêtement qui la dérobe et où s’arrête l’œil profane, mais qui nous montre qu’Elle est là
Le Poète pieux contemple; il se penche sur les symboles, et silencieux descend profondément au cœur des choses, – et quand il a perçu, visionnaire, l’Idée, l’intime Nombre harmonieux de son Être, qui soutient la forme imparfaite, il la saisit, puis, insoucieux de cette forme transitoire qui la revêtait dans le temps, il sait lui redonner une forme éternelle, sa Forme véritable enfin, et fatale, – paradisiaque et cristalline.
Car l’œuvre d’art est un cristal – paradis partiel et l’Idée refleurit en sa pureté supérieure; où, comme dans l’Éden disparu, l’ordre normal et nécessaire a disposé toutes les formes dans une réciproque et symétrique dépendance, où l’orgueil du mot ne supplante pas la Pensée, – où les phrases rythmiques et sûres, symboles encore, mais symboles purs, où les paroles, se font transparentes et révélatrices.
