
Entre-temps, Jon, Jory et Theon avaient également démonté, et ce dernier s’ébahissait :
Mais que diable est-ce là ?
— Une louve, répondit Robb.
— Une farce ! Regardez sa taille… ? »
Malgré la neige qui lui montait jusqu’à la ceinture, Bran, le cœur battant, parvint à se couler au centre du groupe.
A demi ensevelie dans la neige maculée de sang, une énorme masse sombre gisait, terrassée par la mort. La glace en pétrifiait le pelage hirsute, et le vague remugle de corruption qui s’en dégageait rappelait un parfum de femme. Bran entrevit les orbites aveugles où des asticots grouillaient, les babines crispées sur des crocs jaunis, mais ce qui le laissa pantois, c’est que la bête était plus grosse que son poney, et deux fois plus grande que le plus colossal des limiers qu’entretenait son père.
« Pas une farce, rectifia Jon, impavide. Un loup-garou. C’est plus gros que les autres, adulte.
— Mais ça fait deux cents ans, protesta Greyjoy, qu’on n’en a pas repéré au sud du Mur…
— Hé bien, voilà qui est fait. »
La contemplation du monstre médusait tellement Bran qu’il ne parvint à s’en arracher qu’en apercevant ce que portait Robb. Avec un cri de ravissement, il se rapprocha. Gros comme une balle de fourrure gris-noir, le chiot avait encore les yeux clos et, à l’aveuglette, tout en émettant un pleurnichement désolé, fourrageait contre la poitrine qui le berçait sans lui offrir à téter que du cuir.
Sans trop oser, Bran avança la main. « Vas-y, l’encouragea Robb, tu peux. »
Bran aventurait une brève caresse fébrile quand la voix de Jon : « Tiens, maintenant… », le fît en sursaut se retourner, « il y en a cinq ». Ses bras se refermèrent sur un autre chiot et, s’asseyant à même la neige, il enfouit son visage dans la douce fourrure tiède.
« Ces loups-garous soudain lâchés dans le royaume ne me disent rien qui vaille, grommela le grand écuyer Hullen. Après tant d’années…
