— Vous ne pouvez faire cela, mon garçon…, intervint Harwin, le fils de Hullen.

— Tuez-les, ne serait-ce que par miséricorde », insista ce dernier.

Du regard, Bran supplia son père, mais il n’en obtint qu’un froncement de sourcils sévère :

— Hullen dit vrai, mon fils. Mieux vaut une mort promptequ’une rude agonie de froid et de faim.

— Non… ! » conjura Bran en se détournant pour dérober ses larmes.

Robb opposa, lui, une résistance opiniâtre :

« La chienne rouge de ser Rodrik vient encore de mettre bas, mais une petite portée, rien que deux chiots en vie. Elle aura suffisamment de lait.

— Elle les déchirera sitôt qu’ils voudront téter.

— Lord Stark, dit alors Jon, et il était si bizarre de l’entendre utiliser cette formule solennelle au lieu de "Père" que Bran se prit à espérer de tout son désespoir, ils sont cinq en tout : trois mâles et deux femelles.

— Oui, et alors, Jon ?

— Hé bien, vous avez cinq enfants légitimes : trois garçons, deux files, et le loup-garou est l’emblème de votre maison. Vos cinq enfants sont tout désignés pour recevoir chacun le sien, messire. »

En un éclair, Bran vit se modifier l’expression de Père, les hommes, autour, échanger des regards furtifs, et une bouffée de tendresse pour son frère lui emplit le cœur. Son extrême jeunesse ne l’empêchait pas de comprendre que seule l’abnégation de Jon venait de retourner la situation. En mentionnant les filles et même le dernier-né, Rickon, le bâtard s’était généreusement exclu comme tel, ravalé à son sobriquet, Snow, terme générique que la coutume, dans le nord, décernait à tout être assez malchanceux pour venir anonyme au monde…

Père n’y fut pas moins sensible :

« Et toi, Jon, tu n’en veux pas un ? demanda-t-il avec douceur.

— La bannière des Stark s’honore du loup-garou, observa Jon, et je ne suis pas un Stark, Père. »



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