
Cette repartie lui valut un long regard pensif dont profita Robb pour rompre le silence.
« Je nourrirai le mien moi-même, Père, promit-il. Un linge imbibé de lait chaud lui permettra de téter.
— Moi aussi ! » s’enthousiasma Bran.
Comme pour évaluer chacun d’eux, lord Stark scruta tour à tour ses fils avant de maugréer :
« Plus facile à dire qu’à faire. Et je vous interdis d’importuner mes gens. Si vous voulez ces chiots, à vous de vous occuper d’eux. Compris ? »
Tout au bonheur de la langue chaude qui lui léchait la joue, Bran hocha la tête avec énergie.
« Il vous faudra aussi les dresser, reprit Père. Les dresser vous-mêmes. Car je vous préviens, mon maître piqueux refusera tout commerce avec de pareils monstres. Et, si vous les négligez, les brutalisez ou les dressez mal, alors, que les dieux vous aident… Des chiens viendraient quémander vos faveurs, eux non. Et vous ne les enverrez pas coucher d’un coup de pied. Ils vous arrachent aussi facilement une épaule d’homme qu’un chien happe un rat. Etes-vous sûrs de les vouloir encore ?
— Oui, Père, dit Bran.
— Oui, renchérit Robb.
— Et s’ils meurent, malgré vos soins ?
— Ils ne mourront pas, protesta Robb. Nous ne leur permettrons pas de mourir.
— Dans ce cas, gardez-les. Jory ? Desmond ? prenez les trois autres. Nous devrions déjà être à Winterfell. »
Bran ne savoura pleinement sa douce victoire qu’une fois en selle et sur le chemin du retour, au contact du chiot qui, blotti bien au chaud, reposait à l’abri de son pourpoint de cuir. Mais, au fait, comment l’appeler ?
Vers le milieu du pont, Jon s’arrêta soudain.
« Qu’y a-t-il ? s’étonna Père.
— N’entendez-vous pas ? »
En prêtant l’oreille, Bran perçut bien la rumeur du vent dans les frondaisons, le brouhaha des sabots sur les madriers, le menu geignement du chiot affamé, mais Jon écoutait autre chose.
