Dans le sud, où l’on avait abattu ou brûlé les derniers barrals quelque mille ans plus tôt, seuls subsistaient ceux de l’Ile-aux-Faces : là, les hommes verts montaient toujours leur muette garde. Au nord, ici, tout différait. Ici, le moindre château possédait son bois sacré, le moindre bois sacré son arbre-cœur, et le moindre arbre-cœur sa face.

Elle trouva Ned assis là, comme prévu, sur une pierre moussue, Glace en travers de ses genoux. Et il en nettoyait la lame avec cette eau plus noire que la nuit. Un millénaire d’humus tapissait la sente, étouffant les pas de l’intruse, mais les yeux sanglants du barral se tenaient attachés sur elle. « Ned ? » appela-t-elle d’une voix douce.

Il se redressa, la dévisagea, dit enfin : « Catelyn », mais sur un ton de politesse froide, avant de reprendre : « Où sont les enfants ? »

La même question, toujours, partout…

« Dans la cuisine, à discuter des noms qu’ils donneront à leurs chiots. »

Elle étendit son manteau sur le sol et s’assit au bord de l’étang. Mais, même ainsi, dos tourné à l’arbre, elle en sentait le regard sur elle, quelque effort qu’elle fît pour n’y point penser.

« Arya est déjà éprise du sien. Sansa, sous le charme, multiplie les grâces. Rickon, lui, balance encore.

— Peur ?

— Un peu – il n’a que trois ans…

— Temps qu’il apprenne à dominer sa peur, bougonna Ned en se renfrognant. Il n’aura pas toujours trois ans. Et l’hiver vient.

— Oui », convint Catelyn, quoique ces mots la fissent grelotter. Grelotter toujours. Les mots Stark. Chaque maison noble a les siens. Devises de famille, pierres de touche, exorcismes, tous vantaient l’honneur, la gloire, tous juraient loyauté, franchise, foi, courage, tous sauf ceux des Stark. L’hiver vient résumait leurs mots. Et, une fois de plus, car ce n’était pas la première, elle demeura pantoise : quelles gens incompréhensibles que ces gens du nord…



26 из 444