Mais Catelyn était sûre, ce soir, d’y trouver son mari. Chaque exécution capitale ramenait invariablement dans le bois sacré son âme altérée de paix.

A Vivesaigues, on l’avait, elle, conformément à la foi nouvelle, celle de son père, de son grand-père et du père de celui-ci, ointe des sept huiles et nommée dans les flots de lumière irisée qui inondaient le septuaire. Ses dieux à elle avaient un nom, et leurs traits lui étaient aussi familiers que ceux de ses propres parents. Avec pour acolyte un thuriféraire, le septon célébrait l’office à la lumière d’un cristal taillé à sept faces, parmi les volutes d’encens et les chants. A l’instar de toutes les grandes maisons, celle des Tully entretenait, bien sûr, un sois sacré, mais on s’y rendait uniquement pour se promener, lire, s’étendre au soleil. Au septuaire seul était réservé le culte.

Par égards pour elle, et afin qu’elle pût chanter les sept faces divines, Ned lui avait bien construit un petit septuaire, mais le sang des Premiers Hommes qui coulait toujours dans ses propres veines le vouait aux vieux dieux sans nom, sans visage, aux dieux ténébreux que les Stark partageaient avec les enfants évanouis de la forêt.

Accroupi au centre du bosquet comme pour couver les eaux froides et noires d’un pauvre étang, l’« arbre-cœur », comme disait Ned. Un barral gigantesque, auquel son écorce blanchâtre conférait un aspect d’os rongé, tandis que son feuillage violacé évoquait des myriades de mains tranchées. Sculptée dans le tronc, une figure longue aux traits mélancoliques vous lorgnait, du fond de ses orbites vides et rougies par la sève séchée, d’un air de vigilance étrange. Etaient-ils vieux, ces yeux ! plus vieux que Winterfell même… Ils avaient vu Brandon le Bâtisseur en poser la première pierre, assuraient les contes, et regardé s’élever tout autour les remparts de granit. On attribuait ce genre d’œuvres aux enfants de la forêt. Ils les auraient réalisées à l’aube des siècles, avant que les Premiers Hommes ne traversent le bras de mer.



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