
Surtout sous les ordres d’un chef pareil…
Dernier-né d’une ancienne maison trop riche en rejetons, ser Waymar Royce était un beau jouvenceau dont les dix-huit ans arboraient, outre force grâces et des yeux gris, une sveltesse de fleuret.
Juché sur son énorme destrier noir, il dominait de haut Will et Gared, montés plus petitement. Botté de cuir noir, culotté de lainage noir, ganté de taupe noire, il portait une délicate et souple cotte de mailles noire qui miroitait doucement par-dessus de coquets entrelacs de laine noire et de cuir bouilli. Bref, si ser Waymar n’était frère juré de la Garde de Nuit que depuis moins d’un an, nul du moins ne pouvait lui reprocher de ne s’être point apprêté en vue de sa vocation.
Surtout que le clou de sa gloire était une pelisse de zibeline noire, aussi moelleuse et douce que de la soie…
« Comment, non ? se gaussait Gared, au cours des beuveries du camp, si fait ! toutes ces bestioles, il les a tuées de ses propres mains, notre puissant guerrier… Leurs petites têtes, couic, arrachées d’un tour de main. »
S’en était-on claqué les cuisses, avec les copains !
Quand même dur d’accepter les ordres d’un homme dont on se moque entre deux lampées, songea Will, tout frissonnant sur son bourrin. Gared a dû le penser aussi.
« Les ordres de Mormont étaient de les pister, ronchonna Gared, on l’a fait. Ils sont morts. Plus la peine de s’en tracasser. Il nous reste une rude course, et j’aime pas ce temps. S’il se met à neiger, c’est quinze jours qu’il nous faudra… et la neige serait un moindre mal. Déjà vu des tempêtes de glace, messer ? »
