Le jeune chevalier parut n’avoir pas entendu. De son petit air favori d’ennui distrait, il examinait le noircissement du crépuscule. Mais Will l’avait déjà suffisamment pratiqué pour savoir que mieux valait ne pas l’interrompre quand il regardait de cette façon.

« Redis-moi donc ce que tu as vu, Will. Point par point. Sans omettre aucun détail. »

Avant d’entrer dans la Garde de Nuit, Will chassait. Braconnait, plus exactement. Aussi, pris en flagrant délit par les francs-coureurs des Mallister, sur les terres des Mallister, en train de dépouiller un daim des Mallister, n’avait-il pas balancé entre le bonheur de perdre une main et celui d’endosser la tenue noire. Et les frères noirs s’avisèrent vite qu’il n’avait pas son pareil pour courir les bois silencieusement.

« Leur bivouac se trouve à deux milles d’ici, sur cette crête-là, précisa-t-il, juste à côté d’un ruisseau. Je m’en suis approché le plus possible. Ils sont huit, hommes et femmes. Pas d’enfants, semble-t-il. Ils se sont bricolé un abri à l’aplomb du roc. La neige le camoufle pas mal, à présent, mais je pouvais encore tout distinguer. Le feu ne brûlait pas dans la fosse, et je la voyais comme je vous vois. Personne ne bougeait. J’ai regardé longtemps. Aucun être vivant ne peut affecter semblable immobilité.

— Des traces de sang ?

— N… nnon.

— Des armes ?

— Des épées, quelques arcs. L’un des hommes avait une hache effroyable. En fer, très massive, à double tranchant. Elle gisait sur le sol, près de lui, à portée de sa main droite.

— Tu te rappelles la position des corps ? »

Will haussa les épaules. « Un couple adossé au rocher. La plupart des autres à même le sol. Tombés, je dirais.

— Ou en train de dormir…, insinua Royce.

— Tombés, maintint Will. Une femme était perchée dans un ferrugier. Les branches la cachaient à demi. Le genre à vue perçante, sourit-il, finaud, mais je me suis débrouillé pour ne pas me laisser repérer. Et, parvenu plus près, j’ai constaté qu’elle non plus ne bougeait pied ni patte. »



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