– Ce que c'était que M. Gétard.


– Et encore?


– Ce que c'était que M. Jupenet.


– Il n'a pas vu notre plan de fortifications, par hasard?


– Si fait.


– Ah! diable!


– Mais soyez tranquille, j'avais effacé votre écriture avec de la gomme. Impossible de supposer que vous avez bien voulu me donner quelque avis dans ce travail.


– Il a de bien bons yeux, notre ami.


– Que craignez-vous?


– Je crains que tout ne soit découvert, Porthos; il s'agit donc de prévenir un grand malheur. J'ai donné l'ordre à mes gens de fermer toutes les portes. On ne laissera point sortir d'Artagnan avant le jour. Votre cheval est tout sellé; vous gagnez le premier relais; à cinq heures du matin, vous aurez fait quinze lieues. Venez.


On vit alors Aramis vêtir Porthos pièce par pièce avec autant de célérité qu'eût pu le faire le plus habile valet de chambre. Porthos, moitié confus, moitié étourdi, se laissait faire et se confondait en excuses.


Lorsqu'il fut prêt, Aramis le prit par la main et l'emmena, en lui faisant poser le pied avec précaution sur chaque marche de l'escalier, l'empêchant de se heurter aux embrasures des portes, le tournant et le retournant comme si lui, Aramis, eût été le géant et Porthos le nain. Cette âme incendiait et soulevait cette matière. Un cheval, en effet, attendait tout sellé dans la cour. Porthos se mit en selle.


Alors Aramis prit lui-même le cheval par la bride et le guida sur du fumier répandu dans la cour, dans l'intention évidente d'éteindre le bruit. Il lui pinçait en même temps les naseaux pour qu'il ne hennît pas…


– Puis, une fois arrivé à la porte extérieure, attirant à lui Porthos, qui allait partir sans même lui demander pourquoi:


– Maintenant, ami Porthos, maintenant, sans débrider jusqu'à Paris, dit-il à son oreille; mangez à cheval, buvez à cheval, dormez à cheval, mais ne perdez pas une minute.



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