– C'est dit; on ne s'arrêtera pas.


– Cette lettre à M. Fouquet, coûte que coûte; il faut qu'il l'ait demain avant midi.


– Il l'aura.


– Et pensez à une chose, cher ami.


– À laquelle?


– C'est que vous courez après votre brevet de duc et pair.


– Oh! oh! fit Porthos les yeux étincelants, j'irai en vingt-quatre heures en ce cas.


– Tâchez.


– Alors lâchez la bride, et en avant, Goliath!


Aramis lâcha effectivement, non pas la bride, mais les naseaux du cheval.


Porthos rendit la main, piqua des deux, et l'animal furieux partit au galop sur la terre.


Tant qu'il put voir Porthos dans la nuit, Aramis le suivit des yeux; puis, lorsqu'il l'eut perdu de vue, il rentra dans la cour. Rien n'avait bougé chez d'Artagnan.


Le valet mis en faction auprès de sa porte n'avait vu aucune lumière, n'avait entendu aucun bruit.


Aramis referma la porte avec soin, envoya le laquais se coucher, et lui même se mit au lit.


D'Artagnan ne se doutait réellement de rien; aussi crut-il avoir tout gagné, lorsque le matin il s'éveilla vers quatre heures et demie. Il courut tout en chemise regarder par la fenêtre: la fenêtre donnait sur la cour. Le jour se levait.


La cour était déserte, les poules elles-mêmes n'avaient pas encore quitté leurs perchoirs.


Pas un valet n'apparaissait.


Toutes les portes étaient fermées.


«Bon! calme parfait, se dit d'Artagnan. N'importe, me voici réveillé le premier de toute la maison. Habillons-nous; ce sera autant de fait.»


Et d'Artagnan s'habilla.


Mais cette fois il s'étudia à ne point donner au costume de M. Agnan cette rigidité bourgeoise et presque ecclésiastique qu'il affectait auparavant; il sut même, en se serrant davantage, en se boutonnant d'une certaine façon, en posant son feutre plus obliquement, rendre à sa personne un peu de cette tournure militaire dont l'absence avait effarouché Aramis. Cela fait, il en usa ou plutôt feignit d'en user sans façon avec son hôte, et entra tout à l'improviste dans son appartement. Aramis dormait ou feignait de dormir.



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