
– J'ai été à l'écurie, répondit indifféremment d'Artagnan.
– Pour quoi faire?
– Pour voir si Porthos est sorti à cheval.
– Et?… interrogea l'évêque.
– Eh bien! il manque un cheval au râtelier, le numéro 5, Goliath.
Tout ce dialogue, on le comprend, n'était pas exempt d'une certaine affectation de la part du mousquetaire et d'une parfaite complaisance de la part d'Aramis.
– Oh! je vois ce que c'est, dit Aramis après avoir rêvé un moment: Porthos est sorti pour nous faire une surprise.
– Une surprise?
– Oui. Le canal qui va de Vannes à la mer est très giboyeux en sarcelles et en bécassines; c'est la chasse favorite de Porthos; il nous en rapportera une douzaine pour notre déjeuner.
– Vous croyez? fit d'Artagnan.
– J'en suis sûr. Où voulez-vous qu'il soit allé? Je parie qu'il a emporté un fusil.
– C'est possible, dit d'Artagnan.
– Faites une chose, cher ami, montez à cheval et le rejoignez.
– Vous avez raison, dit d'Artagnan, j'y vais.
– Voulez-vous qu'on vous accompagne?
– Non, merci, Porthos est reconnaissable. Je me renseignerai.
– Prenez-vous une arquebuse?
– Merci.
– Faites-vous seller le cheval que vous voudrez.
– Celui que je montais hier en venant de Belle-Île.
– Soit; usez de la maison comme de la vôtre.
Aramis sonna et donna l'ordre de seller le cheval que choisirait M. d'Artagnan.
D'Artagnan suivit le serviteur chargé de l'exécution de cet ordre.
Arrivé à la porte, le serviteur se rangea pour laisser passer d'Artagnan. Dans ce moment son œil rencontra l'œil de son maître. Un froncement de sourcils fit comprendre à l'intelligent espion que l'on donnait à d'Artagnan ce qu'il avait à faire.
