– Certes, et c'est un homme d'esprit et même un homme de cœur, bien qu'il m'ait fait tuer nos chers amis Lyodot et d'Emerys.


– Hélas! oui, je le sais; j'ai rencontré à Tours le courrier qui m'apportait la lettre de Gourville et les dépêches de Pellisson. Avez-vous bien réfléchi à cet événement, monsieur?


– Oui.


– Et vous avez compris que c'était une attaque directe à votre souveraineté?


– Croyez-vous?


– Oh! oui, je le crois.


– Eh bien! je vous l'avouerai, cette sombre idée m'est venue, à moi aussi.


– Ne vous aveuglez pas, monsieur, au nom du Ciel, écoutez bien… j'en reviens à d'Artagnan.


– J'écoute.


– Dans quelle circonstance l'avez-vous vu?


– Il est venu chercher de l'argent.


– Avec quelle ordonnance?


– Avec un bon du roi.


– Direct?


– Signé de Sa Majesté.


– Voyez-vous! Eh bien! d'Artagnan est venu à Belle-Île; il était déguisé, il passait pour un intendant quelconque chargé par son maître d'acheter des salines. Or, d'Artagnan n'a pas d'autre maître que le roi; il venait donc comme envoyé du roi. Il a vu Porthos.


– Qu'est-ce que Porthos?


– Pardon, je me trompe. Il a vu M. du Vallon à Belle-Île, et il sait, comme vous et moi, que Belle-Île est fortifiée.


– Et vous croyez que le roi l'aurait envoyé? dit Fouquet tout pensif.


– Assurément.


– Et d'Artagnan aux mains du roi est un instrument dangereux?


– Le plus dangereux de tous.


– Je l'ai donc bien jugé du premier coup d'œil.


– Comment cela?


– J'ai voulu me l'attacher.


– Si vous avez jugé que ce fût l'homme de France le plus brave, le plus fin et le plus adroit, vous l'avez bien jugé.



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