– Eh bien! tant mieux, mon ami, car nous allons probablement devenir voisins.


– Bah! dit Aramis, non sans une certaine surprise qu'il ne chercha même pas à dissimuler, vous, mon voisin?


– Eh! mon Dieu, oui.


– Comment cela?


– Je vais acheter des salines fort avantageuses qui sont situées entre Piriac et Le Croisic. Figurez-vous, mon cher, une exploitation de douze pour cent de revenu clair; jamais de non-valeur, jamais de faux frais; l'océan, fidèle et régulier, apporte toutes les six heures son contingent à ma caisse. Je suis le premier Parisien qui ait imaginé une pareille spéculation. N'éventez pas la mine, je vous en prie, et avant peu nous communiquerons, J'aurai trois lieues de pays pour trente mille livres.


Aramis lança un regard à Porthos comme pour lui demander si tout cela était bien vrai, si quelque piège ne se cachait point sous ces dehors d'indifférence. Mais bientôt, comme honteux d'avoir consulté ce pauvre auxiliaire, il rassembla toutes ses forces pour un nouvel assaut ou pour une nouvelle défense.


– On m'avait assuré, dit-il, que vous aviez eu quelque démêlé avec la cour, mais que vous en étiez sorti comme vous savez sortir de tout, mon cher d'Artagnan, avec les honneurs de la guerre.


– Moi? s'écria le mousquetaire avec un grand éclat de rire insuffisant à cacher son embarras; car, à ces mots d'Aramis, il pouvait le croire instruit de ses dernières relations avec le roi; moi? Ah! racontez-moi donc cela, mon cher Aramis.


– Oui, l'on m'avait raconté, à moi, pauvre évêque perdu au milieu des landes, on m'avait dit que le roi vous avait pris pour confident de ses amours.


– Avec qui?


– Avec Mlle de Mancini.


D'Artagnan respira.


– Ah! je ne dis pas non, répliqua-t-il.


– Il paraît que le roi vous a emmené un matin au-delà du pont de Blois pour causer avec sa belle.



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