
De Saint-Aignan, fidèle à son rôle de sourd, d’aveugle et de muet, de Saint-Aignan s’était placé, lui, dans une encoignure de porte, sur un escabeau que le hasard lui avait procuré tout exprès.
Abrité sous la tapisserie qui servait de portière, adossé à la muraille même, il écouta ainsi sans être vu, se résignant au rôle de bon chien de garde qui attend et qui veille sans jamais gêner le maître. La Vallière, frappée de terreur à l’aspect du roi irrité, se leva une seconde fois, et, demeurant dans une posture humble et suppliante:
– Sire, balbutia-t-elle, pardonnez-moi.
– Eh! mademoiselle, que voulez-vous que je vous pardonne? demanda Louis XIV.
– Sire, j’ai commis une grande faute, plus qu’une grande faute, un grand crime.
– Vous?
– Sire, j’ai offensé Votre Majesté.
– Pas le moins du monde, répondit Louis XIV.
– Sire, je vous en supplie, ne gardez point vis-à-vis de moi cette terrible gravité qui décèle la colère bien légitime du roi. Je sens que je vous ai offensé, Sire; mais j’ai besoin de vous expliquer comment je ne vous ai point offensé de mon plein gré.
– Et d’abord, mademoiselle, dit le roi, en quoi m’auriez-vous offensé? Je ne le vois pas. Est-ce par une plaisanterie de jeune fille, plaisanterie fort innocente? Vous vous êtes raillée d’un jeune homme crédule: c’est bien naturel; toute autre femme à votre place eût fait ce que vous avez fait.
– Oh! Votre Majesté m’écrase avec ces paroles.
– Et pourquoi donc?
– Parce que, si la plaisanterie fût venue de moi, elle n’eût pas été innocente.
– Enfin, mademoiselle, reprit le roi, est-ce là tout ce que vous aviez à me dire en me demandant une audience?
Et le roi fit presque un pas en arrière.
